Antoine Dufilho : quand le sculpteur prend le large

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Connu pour ses sculptures automobiles qui capturent le mouvement dans le métal, Antoine Dufilho élargit depuis quelques années son territoire artistique. Après les Ferrari, Porsche et Bugatti, le sculpteur français s’attaque désormais aux légendes de la mer. Du Riva Aquarama au J-Class en passant par l’hydroplane Arno XI, les bateaux occupent une place grandissante dans son travail. Une évolution qui n’a rien d’un hasard.

Le Riva Aquarama : première incursion maritime

L’histoire commence en 2021. Cette année-là, Antoine Dufilho réalise sa première sculpture inspirée du Riva Aquarama, ce runabout italien devenu icône du luxe nautique depuis les années 1960. Pour cette première interprétation, l’artiste combine bois précieux et métal, deux matériaux qui dialoguent pour évoquer l’élégance des canots automobiles de la marque lombarde.

Le choix du Riva n’est pas anodin. Comme les Bugatti ou les Ferrari qui peuplent son atelier, l’Aquarama incarne un certain âge d’or du design. Lignes tendues, matériaux nobles, souci du détail : les codes sont les mêmes, qu’il s’agisse de rouler ou de naviguer. Pour Antoine Dufilho, passer de la route à la mer revient finalement à poursuivre la même quête : traduire le mouvement et la vitesse dans une forme statique.

Une deuxième version du Riva voit le jour peu après. L’artiste affine son approche, expérimente les contrastes entre les essences de bois et les reflets du métal poli. Ces premières pièces, de dimensions réduites, posent les bases d’un travail qui va bientôt changer d’échelle.

La Dolce Vita : une monumentale face à la mer

En 2024, Antoine Dufilho franchit un cap. Il présente La Dolce Vita, sa première sculpture monumentale inspirée d’un bateau. L’œuvre, qui représente un Riva Aquarama à l’échelle monumentale, impressionne par ses dimensions : 7 mètres de long, 2,4 mètres de large, pour un poids total de 5,5 tonnes.

Pour cette pièce, l’artiste a choisi de travailler l’acier Corten, dont la patine rouillée évoque naturellement l’acajou des coques Riva. Le socle et les éléments structurels sont réalisés en acier inoxydable poli miroir, créant un contraste saisissant entre matité et brillance. Les lames qui composent le fuselage, d’une épaisseur de 6 centimètres chacune, génèrent cette alternance de pleins et de vides caractéristique du style Dufilho.

L’arrière de la sculpture mérite une attention particulière. Les lames qui s’étirent vers l’arrière suggèrent le sillage laissé par le bateau à la surface de l’eau. Un effet cinétique renforcé par le socle ondulé qui mime les vagues.

La Dolce Vita a d’abord été exposée à Sainte-Maxime pendant l’été 2024, face à la Méditerranée. Depuis novembre 2024, elle trône sur la promenade des Princes de Monaco au Touquet-Paris-Plage, où elle dialogue avec la mer du Nord. La ville prévoit d’ailleurs une mise en eau et lumières pour renforcer la scénographie nocturne de l’œuvre.

Cette installation pérenne marque une étape importante. Après la Red Racing Flower (Ferrari 330 P4) installée devant l’hôtel Westminster, le Touquet accueille désormais deux sculptures monumentales de l’artiste. La station balnéaire devient ainsi une véritable galerie à ciel ouvert pour son travail.

Le Ferrari Arno XI : hommage à un record de vitesse

Parmi les créations nautiques d’Antoine Dufilho figure également le Ferrari Arno XI, réalisé en 2022. Cet hydroplane italien, propulsé par un moteur V12 Ferrari, a établi un record mondial de vitesse sur l’eau en 1953 avec 241,7 km/h. Une machine de légende qui fait le pont entre l’univers automobile et nautique, un choix évident pour le sculpteur.

Pour cette pièce, Antoine Dufilho associe le palissandre à l’inox. Le bois précieux rappelle les coques des canots de course de l’époque, tandis que l’acier inoxydable apporte les reflets et la modernité propres au travail de l’artiste. La sculpture, éditée à 12 exemplaires, est notamment présentée par les galeries qui représentent l’artiste à Miami et Dallas.

Le J-Class : cap sur l’univers de la voile

Après les runabouts et les hydroplanes, Antoine Dufilho s’aventure désormais dans l’univers de la voile avec le J-Class. Ces grands voiliers de course, construits entre 1930 et 1937, ont marqué l’histoire de la Coupe de l’America. Avec leurs coques de près de 40 mètres, leurs mâts vertigineux et leurs voilures impressionnantes, les J-Class incarnent l’âge d’or de la régate transatlantique.

Seuls dix J-Class furent construits à l’époque. Trois ont survécu : Shamrock V, Endeavour et Velsheda, tous dessinés par Charles Ernest Nicholson. Depuis les années 2000, plusieurs répliques ont vu le jour, relançant les régates de ces géants des mers.

Pour Antoine Dufilho, le J-Class représente un nouveau défi sculptural. La verticalité du mât et de la voile, la tension des haubans, l’élancement de la coque : autant d’éléments qui appellent un traitement spécifique. Cette pièce d’exception s’adresse aux collectionneurs passionnés par l’histoire de la voile autant que par l’art contemporain.

Vers de nouveaux horizons

L’aventure nautique d’Antoine Dufilho ne fait que commencer. L’artiste travaille actuellement sur plusieurs projets qui devraient voir le jour prochainement : un catamaran de vitesse inspiré des Wally, mais également un nouveau Riva. Ces œuvres, encore en phase de conception, promettent d’explorer de nouvelles formes et de nouveaux rapports au mouvement.

Le catamaran, notamment, ouvre des perspectives intéressantes. La double coque et la voilure tendue offrent une géométrie radicalement différente des monoplaces ou des runabouts. On peut imaginer que l’artiste y appliquera sa technique de lames en éventail pour suggérer la tension du vent dans les voiles.

En élargissant son répertoire à l’univers maritime, Antoine Dufilho reste fidèle à sa démarche initiale : capturer l’essence du mouvement dans le métal. Que le sujet roule, vole ou navigue, la quête demeure la même. Et les collectionneurs qui suivent son travail depuis les premières Bugatti Type 35 peuvent désormais constituer une flotte aux côtés de leur écurie.

Pour découvrir l’ensemble des sculptures de bateaux d’Antoine Dufilho ou suivre ses prochaines expositions, rendez-vous dans l’une des 60 galeries qui le représentent à travers le monde, ou consultez les actualités de l’artiste.


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