Antoine Dufilho : copié mais jamais égalé

Le travail d’Antoine Dufilho fait des émules. Sur le marché de la sculpture automobile, des œuvres reprenant ses codes apparaissent régulièrement. Formes découpées, jeux de transparence, automobiles mythiques revisitées : les recettes visuelles se répandent. Mais une copie reste une copie. Voici ce qui distingue l’original.
Un parcours qu’on ne copie pas
Antoine Dufilho n’a pas appris la sculpture dans une école d’art. Son chemin passe d’abord par la médecine, puis par l’architecture. Pendant trois ans, il étudie l’anatomie humaine. Il apprend comment une structure interne soutient une forme extérieure, comment un squelette donne sa tenue à un corps. Cette approche se retrouve dans ses sculptures : l’ossature prime, la carrosserie vient après.
Frustré par un cursus qui bridait sa créativité, il bifurque vers l’École d’Architecture et de Paysage de Lille. Là, il apprend à penser les volumes, à jouer avec le vide et le plein, à inscrire une forme dans un espace. Ses sculptures portent cette empreinte : elles dialoguent avec leur environnement, changent selon l’angle de vue, respirent.
Il y a aussi une histoire familiale. Jacques, le grand-oncle d’Antoine, collectionnait les Bugatti. Cette passion s’est transmise. En 2011, quand Antoine crée sa première sculpture, c’est une Bugatti Type 37 qu’il choisit. Elle appartenait au garage familial. Ce lien affectif avec l’automobile ne s’invente pas. Il donne aux œuvres une sincérité que les copies ne peuvent pas reproduire.
Des techniques maison
Antoine Dufilho invente ses propres méthodes. Il leur donne des noms, les fait évoluer au fil des années. Ce vocabulaire lui appartient.
En 2022, il met au point une découpe longitudinale qu’il baptise Streamline. Des lames de métal alignées dans le sens de la longueur. Face à la sculpture, on ne voit presque rien. Les tranches fines des plaques laissent passer le regard. Il suffit de se décaler pour voir la voiture apparaître. L’idée vient de la soufflerie : montrer l’air qui enveloppe une carrosserie, ce flux invisible que les ingénieurs étudient. La Ferrari 250 GTO Red Stream en est l’exemple le plus connu. Elle a été vue par 400 000 personnes au Mondial de l’Auto 2022.
Avec la Porsche 993, il lance la technique Solaire. Deux ensembles de plaques disposés en rayons s’imbriquent sans jamais se toucher. L’effet évoque deux engrenages qui coopèrent. Un clin d’œil à la mécanique de précision chère à Porsche.
Dès 2017, la Porsche 356 Asymétrique explore une autre piste. Les plaques ne sont pas réparties de manière égale. Ce déséquilibre perturbe le regard. Notre cerveau, habitué à anticiper, projette un mouvement. La sculpture semble sur le point de basculer, d’accélérer. Immobile, elle donne une impression de vitesse.
D’autres œuvres utilisent des tubes d’inox plutôt que des plaques. Vus de face, ils forment un nid d’abeille. La voiture disparaît. De côté, elle réapparaît. La Porsche 930, la Shelby Cobra, la Mercedes 300 SL suivent ce traitement.
La Porsche 910 Caméléon pousse le jeu optique encore plus loin. Chaque plaque est peinte en bleu d’un côté, en jaune de l’autre. Selon l’angle, la sculpture paraît entièrement bleue, entièrement jaune, ou verte par mélange des reflets.
Des collaborations qu’on ne s’invente pas
Copier une forme, c’est possible. Copier des partenariats avec Jean Todt ou Jean-Éric Vergne, c’est une autre affaire.
Pour la Peugeot 205 T16, Antoine Dufilho a travaillé avec l’homme qui a conçu la voiture originale. Jean Todt, alors directeur de Peugeot Sport, avait porté le projet T16 dans les années 80. Il a participé au design de la sculpture, donné son avis, validé les choix. Résultat : pour la première fois, une série de sculptures Dufilho porte deux signatures. Celle de l’artiste et celle de Jean Todt.
La sculpture DS E-Tense Formula E naît d’une collaboration avec Jean-Éric Vergne, double champion du monde de la discipline. L’œuvre célèbre à la fois la performance et l’engagement de DS dans la mobilité électrique.
Antoine Dufilho est aussi représenté par plus de 60 galeries à travers le monde. Ce maillage s’est construit sur des années de travail, d’expositions, de relations tissées patiemment. Un imitateur peut reproduire une silhouette. Il ne peut pas inventer ce réseau.
Des œuvres dans l’espace public
Les sculptures d’Antoine Dufilho ne restent pas cachées dans des collections privées. Certaines occupent des places publiques, validées par des municipalités.
Devant l’hôtel Westminster, au Touquet, trône une Ferrari 330 P4 de 4,60 m de long. 100 lamelles d’aluminium laquées en rouge composent cette Red Racing Flower. Elle pèse 1,7 tonne. Avant de s’installer là de manière permanente, elle avait été exposée à La Baule.
Le Riva La Dolce Vita, première sculpture monumentale de bateau réalisée par l’artiste, a d’abord été présenté à Sainte-Maxime pendant l’été 2024. Depuis décembre 2024, il est installé au Touquet. L’acier Corten rouillé remplace le bois de l’Aquarama original.
Le travail d’Antoine Dufilho a aussi été montré au Grand Prix de France 2022, au Mondial de l’Auto la même année, au salon Rétromobile 2023, à Lille Art Up! à plusieurs reprises. Ces événements laissent des traces : catalogues, articles de presse, photos. Une carrière documentée que personne ne peut contrefaire.
Comment reconnaître un vrai Dufilho
Pour les collectionneurs, quelques points de vigilance s’imposent face à la multiplication des copies.
Une œuvre authentique vient avec un certificat signé par l’artiste. L’achat passe soit par l’atelier directement, soit par une galerie du réseau. En cas de doute, un simple contact avec l’atelier permet de vérifier.
Le diable se cache aussi dans les finitions. Sur un Dufilho, les soudures sont invisibles, le microbillage régulier, le poli miroir profond. Les copies se repèrent souvent à ce niveau. Et si le prix semble trop beau pour être vrai, c’est qu’il y a un problème. Une sculpture Dufilho représente des semaines de travail et des matériaux de qualité.
La copie, un hommage involontaire
La multiplication des imitations dit quelque chose. Elle dit qu’Antoine Dufilho a créé un langage visuel suffisamment fort pour donner envie à d’autres de s’en inspirer. Elle dit qu’il a défini des codes dans la sculpture automobile, un domaine où il fait désormais figure de référence.
Pour les amateurs éclairés, le choix est simple. D’un côté, des œuvres signées par celui qui a inventé ce vocabulaire, ancrées dans une histoire personnelle, validées par des collaborations prestigieuses. De l’autre, des copies qui n’ont que l’apparence.
La ressemblance s’arrête à la surface.