Comment est née la Formula One 2026 d’Antoine Dufilho

Au Grand Prix de Monaco 2026, la sculpture Formula One d’Antoine Dufilho trônait sur la proue d’un superyacht. Elle reproduit une monoplace à l’échelle réelle : près de six mètres de long, 166 lames de métal, une carrosserie tout en aluminium peint en rouge. Mais derrière l’évidence de la forme se cache un long travail. En effet, du premier croquis au lustrage final, la fabrication suit un parcours exigeant.
Une monoplace grandeur nature en chiffres
La première donnée qui frappe, c’est l’échelle. La sculpture mesure 580 cm de long, 215 cm de large et 123 cm de haut. Elle épouse donc les dimensions réelles d’une voiture de Formule 1. Ce n’est ni une maquette ni une réduction. Au contraire, il s’agit d’une monoplace à taille humaine, posée au sol comme sur une grille de départ.
Sa carrosserie compte 166 lames superposées. L’aluminium domine, avec quelques plaques en acier inoxydable. Ce jeu de lames parallèles, séparées par du vide, produit l’effet cinétique propre au travail de l’artiste. En effet, dès qu’il se déplace autour de l’œuvre, le spectateur voit la voiture se composer, puis se dissoudre, comme en mouvement.
Le choix de l’aluminium n’est pas anodin. D’abord, ce métal reste plus léger que l’acier. Il permet donc de tenir une telle envergure tout en gardant une apparente légèreté. Les quelques plaques d’inox, elles, apportent ponctuellement rigidité et reflets. Enfin, la finition rouge laqué ancre la sculpture dans l’imaginaire de la course.
De l’idée au métal : les étapes de fabrication
Chaque sculpture monumentale d’Antoine Dufilho suit le même parcours, de la feuille blanche à l’œuvre finie. Pour la Formula One, ce cheminement s’est déroulé en huit grandes étapes.
- Le croquis. Tout commence par le dessin. D’emblée, l’artiste fixe la posture de la monoplace, l’orientation des lignes et le rythme général de la pièce. Ce premier geste oriente ensuite toutes les décisions.
- La modélisation 3D. Ensuite, l’artiste traduit le croquis en modèle numérique. Cette étape découpe virtuellement la carrosserie en lames, définit l’espacement de chacune et fixe leur profil au dixième de millimètre.
- La découpe laser. Le laser découpe alors chaque lame dans la tôle, selon le profil défini en 3D. Cette précision compte énormément. En effet, sur 166 pièces, une erreur de quelques millimètres fausserait tout l’alignement.
- La peinture. Cette couleur rouge unifie l’ensemble des lames et affirme son identité de monoplace de course.
- L’assemblage. Vient ensuite le positionnement des lames. L’artiste en encastre la majorité, c’est-à-dire qu’il les emboîte selon un système qui les maintient en place. Pour certains éléments, il ajoute une soudure ou un boulonnage afin de renforcer la structure.
- La soudure. L’atelier soude ensuite les points d’assemblage les plus sollicités. Cette étape consolide la pièce et lui donne sa tenue définitive. Elle reste essentielle, car l’œuvre doit voyager et tenir en extérieur.
- Le polissage. L’artiste travaille alors chaque surface pour préparer la finition. Le polissage harmonise les arêtes et les faces des lames. Sans lui, la couleur ne rendrait pas aussi nettement.
- Le lustrage. Enfin, une dernière passe révèle la profondeur et la brillance de la laque. Ce geste final donne à l’œuvre son éclat et accroche la lumière selon les angles.
L’encastrement, cœur de la technique
L’étape cruciale du travail d’Antoine Dufilho, c’est l’assemblage. On pourrait croire les lames simplement empilées, ou soudées les unes aux autres. Pourtant, les sculptures monumentales sont constituées de pièces ajustées par encastrement. Ce principe d’emboîtement maintient chaque lame à sa place exacte. Il préserve ainsi la précision du dessin numérique, tout en limitant les interventions visibles. La soudure et le boulonnage viennent seulement en renfort, là où la structure l’exige.
Ce soin porté à l’assemblage explique l’illusion finale. Vue de face, la Formula One se lit comme une monoplace pleine. Vue de côté, elle s’ouvre et laisse passer le regard. Ainsi, le plein et le vide deviennent une seule et même matière. Pour aller plus loin, l’artiste détaille l’anatomie d’une de ses sculptures ainsi que l’ensemble de ses sculptures monumentales.
De l’atelier à la proue du Stella Maris
Toutes les sculptures de l’artiste naissent au même endroit. Cet atelier, bâti à partir de containers maritimes, se dresse en pleine campagne lilloise. C’est là que la Formula One a pris forme, avant de rejoindre la Méditerranée. Pour le Grand Prix de Monaco 2026, elle a ensuite trouvé sa place sur la proue du superyacht Stella Maris.
Le défi de l’échelle réelle
Reproduire une monoplace à l’échelle 1 n’a rien d’anodin. La plupart des sculptures d’Antoine Dufilho destinées aux collectionneurs adoptent un format d’environ 80 centimètres de long : un objet que l’on pose sur un meuble et que l’on embrasse d’un seul regard. La Formula One, elle, dépasse les cinq mètres et demi. Ce changement d’échelle transforme chaque paramètre du projet.
Plus la pièce grandit, plus la moindre approximation se voit. Or la Formula One mesure près de six mètres et compte 166 lames. L’alignement doit donc rester parfait d’un bout à l’autre, sinon l’effet cinétique se brise. Voilà pourquoi la modélisation 3D et la découpe laser pèsent autant. Grâce à elles, chaque lame garde la précision pensée au départ, même à cette dimension. À l’échelle réelle, la marge d’erreur se compte en millimètres sur plusieurs mètres.
L’échelle change aussi le regard. Devant une sculpture de cette taille, le spectateur ne contemple plus un objet. Il fait face à une voiture qui le domine, et doit marcher pour en faire le tour. C’est justement cette déambulation qui déclenche l’illusion de mouvement, au cœur de toute la démarche de l’artiste.
De la pièce de collection à la sculpture monumentale
La Formula One 2026 prolonge une recherche qu’Antoine Dufilho mène depuis 2012. D’abord architecte, puis sculpteur, il a mis au point une technique baptisée Streamline. Concrètement, il s’agit d’un jeu de lignes et de vides. Ce procédé donne à ses œuvres une légèreté presque immatérielle, malgré la masse du métal. Selon les modèles, une sculpture mobilise de soixante à trois cents composants, usinés au dixième de millimètre.
Le principe reste le même, de la pièce de collection d’une trentaine de kilos à la monumentale de plusieurs tonnes. Dans tous les cas, l’artiste décompose la forme en lames pour révéler le mouvement caché d’une carrosserie. Avec ses 166 lames et ses dimensions de monoplace, la Formula One se hisse toutefois au sommet de cette échelle, parmi les pièces les plus ambitieuses de son catalogue.
Pourquoi l’aluminium
Le choix du matériau découle directement de l’échelle. L’aluminium domine la Formula One, et ce n’est pas un hasard. En effet, il reste plus léger que l’acier. Il permet donc de bâtir une pièce de près de six mètres sans atteindre un poids ingérable. Surtout, il garde cette finesse qui fait la signature de l’artiste. Quelques plaques d’acier inoxydable complètent ensuite l’ensemble, là où c’est utile.
Ce dialogue entre aluminium et inox traverse une grande partie du travail de Dufilho. Selon les pièces, il assemble en effet l’acier, l’aluminium ou l’inox poli. Pour la Formula One, toutefois, c’est l’aluminium laqué rouge qui domine. Cette teinte porte l’identité visuelle de l’œuvre et la rattache à l’univers de la course.
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