La Formula One par Antoine Dufilho : hommage sculpté à l’âge d’or de la Formule 1

En juillet 2022, une sculpture de 1,2 tonne a fait son entrée sur le circuit Paul Ricard à l’occasion du Grand Prix de France de Formule 1. Son créateur, Antoine Dufilho, y rendait hommage aux monoplaces des années 90, celles qui ont fait rêver toute une génération de passionnés. Avec Formula One, le sculpteur a quitté sa zone de confort pour proposer un traitement et une finition inédits dans son œuvre. Retour sur une pièce monumentale qui incarne la rencontre entre l’art cinétique et la course automobile.
Une sculpture née des souvenirs d’enfance
Senna, Prost et les rêves d’un petit garçon
Formula One n’est pas la reproduction fidèle d’une monoplace précise. Antoine Dufilho a fait le choix délibéré de créer une évocation, une sculpture qui pourrait représenter un modèle piloté par Ayrton Senna ou Alain Prost dans les années 90. L’artiste l’explique lui-même : il a fait appel à ses souvenirs d’enfance, à ces Formule 1 qui le faisaient rêver devant la télévision. Cette approche émotionnelle distingue Formula One de la plupart de ses autres créations automobiles, généralement basées sur des modèles identifiables comme la Ferrari 250 GTO ou la Porsche 356.
L’évocation plutôt que la reproduction fidèle
Ce parti pris artistique libère la sculpture du cahier des charges imposé par un modèle réel. Là où chaque Porsche 992 Streamline ou chaque Aston Martin DB5 doit respecter les proportions du véhicule original, Formula One s’autorise une interprétation plus personnelle. L’artiste a pu accentuer certains volumes, exagérer la largeur des ailerons, creuser la silhouette pour amplifier l’impression de vitesse. C’est un hommage à l’esprit même de la course automobile plutôt qu’à un châssis particulier.
1,2 tonne d’acier, une impression de légèreté
65 plaques, trois matériaux, un contraste radical
Les dimensions de Formula One en font une pièce monumentale majeure dans le catalogue de l’artiste : 4,30 mètres de long, 2 mètres de large et 1 mètre de haut, pour un poids estimé à 1 200 kg. La sculpture est composée de 65 plaques dont le positionnement et l’inclinaison diffèrent pour chacune d’entre elles. Le fuselage est peint en noir laqué, le socle perforé est blanc, et les ailerons ainsi que les roues sont réalisés en inox poli miroir. Ce triptyque chromatique noir-blanc-miroir constitue un traitement inédit dans l’œuvre d’Antoine Dufilho. Jusqu’alors, ses monumentales comme Red Racing Flower (la Ferrari 330 P4 installée de manière pérenne au Touquet) ou Gunmetal Symphony privilégiaient des palettes plus unitaires.
Le contraste entre la peinture laquée absorbant la lumière et l’inox la renvoyant crée un jeu visuel permanent. Selon l’heure de la journée et la position du spectateur, la monoplace semble changer d’identité. Les reflets sur les surfaces noires ou blanches renforcent le dynamisme de l’ensemble, donnant à cette sculpture de plus d’une tonne une impression paradoxale de légèreté.
Le socle perforé et les ailerons massifs : deux innovations en une
Deux éléments distinguent cette sculpture des précédentes créations monumentales de l’artiste. Le socle perforé, d’abord, apporte un traitement graphique jamais exploré auparavant. Il crée un effet visuel qui rappelle les grilles techniques du monde de la compétition. Les ailerons, ensuite, ont été dessinés comme deux pièces massives pour un impact visuel maximal. Leur surface en inox poli miroir reflète l’environnement et amplifie l’effet cinétique que l’artiste recherche dans chacune de ses œuvres.
Les roues bénéficient également d’une technique inédite, confirmée par le descriptif technique officiel de la sculpture. Ce souci du détail sur chaque composant rappelle la philosophie de l’artiste : de 60 à 300 composants sont usinés au dixième de millimètre pour chaque sculpture, qu’elle soit au format collection ou monumentale.
Du Grand Prix de France à la collection privée
Juillet 2022, circuit Paul Ricard : la sculpture entre en piste
La première présentation publique de Formula One a eu lieu dans un cadre exceptionnel. Du 22 au 24 juillet 2022, la sculpture a été installée dans l’enceinte même du Grand Prix de France de Formule 1, au circuit Paul Ricard. Ce contexte donnait à l’œuvre une résonance particulière : elle dialoguait directement avec les monoplaces contemporaines qui défilaient sur la piste, tout en rendant hommage à leurs ancêtres des années 90.
Ce n’est pas la première fois qu’Antoine Dufilho expose dans un cadre automobile de prestige. Red Stream, sa Ferrari 250 GTO à l’échelle 1 réalisée en technique Streamline, avait été dévoilée au Mondial de l’Auto de Paris en 2022 devant plus de 400 000 visiteurs. Mais la présence au Grand Prix de France marque un ancrage plus direct dans le monde de la compétition, en cohérence avec le sujet même de la sculpture.
Formula 1 Black : une version pour les collectionneurs
Au-delà de la monumentale, Antoine Dufilho a décliné ce modèle en version collection. Référencée sous le nom Formula 1 Black, cette pièce au format réduit reprend les codes esthétiques de la grande sculpture : le contraste du noir, les lignes de la monoplace, l’alternance des pleins et des vides. Comme la plupart des sculptures de collection de l’artiste, elle est réalisée en aluminium et acier inoxydable.
Formula One s’inscrit dans un corpus plus large d’œuvres consacrées à la compétition automobile. Antoine Dufilho a également réalisé une sculpture Formula E, inspirée de la DS E-TENSE et créée en collaboration avec le pilote Jean-Éric Vergne, ainsi que la 205 T16 co-signée avec Jean Todt. Chacune de ces pièces témoigne de la capacité de l’artiste à dépasser la simple représentation du véhicule pour capturer l’émotion de la course. L’ensemble de ces créations est visible dans les galeries partenaires de l’artiste.