Antoine Dufilho : sculptures contemporaines entre terre, air et mer

https://www.antoinedufilho.com/wp-content/uploads/2025/10/dufilhto-plus-belles-oeuvres.jpg

Entre vitesse, structure et tension, Antoine Dufilho explore les formes mécaniques à travers différents horizons. Ce visuel rassemble quatre œuvres sculptées, issues de l’aviation, de l’automobile et de la voile.

La voiture comme point de départ sculptural

La sculpture contemporaine d’Antoine Dufilho prend racine dans la forme automobile. Son approche, d’abord centrée sur les lignes emblématiques de modèles historiques, déconstruit la carrosserie pour en révéler les tensions internes. La Bugatti Type 35, via la sculpture Agility, en est une illustration marquante. Le travail sur l’acier inoxydable microbillé évoque l’accélération, non par la vitesse réelle, mais par la disposition organique des plaques qui simulent une poussée en cours.

Avec Gunmetal Symphony, dédiée à la Porsche 930 Turbo, Dufilho adopte un langage tubulaire. Le modèle est reconstitué en tubes d’inox assemblés avec rigueur, générant une texture presque vibrante. Le regard glisse à travers un entrelacs qui évoque le squelette d’un véhicule en pleine dématérialisation. La forme reste lisible, mais sa masse semble dissoute dans l’air.

Dans cette même famille automobile, Dufilho introduit des lignes plus graphiques avec ses interprétations de la Lamborghini Countach Vitesse et de la Jaguar Type E Vitesse. Ces deux sculptures affûtent la géométrie de leur modèle respectif. Lignes droites, arêtes vives, découpes nettes : les formes tendent vers l’abstraction tout en conservant les codes visuels des supercars.

Esthétique cinétique et illusions optiques

Avec Chameleon, inspirée de la Porsche 910, Antoine Dufilho introduit la couleur dans son travail. La sculpture repose sur une bichromie : bleu d’un côté, jaune de l’autre. L’effet visuel obtenu par réverbération de la lumière génère une troisième teinte, verte. La position de l’observateur influe directement sur la perception chromatique de l’objet. Ce principe est renforcé par l’agencement longitudinal des lames, typique de la série Streamline.

Dans Red Stream, hommage à la Ferrari 250 GTO, les plaques s’effilent dans l’espace, donnant à la sculpture une apparence semi-transparente lorsqu’on la regarde de face. Vue de biais, la ligne de la GTO réapparaît, soulignant la mémoire visuelle du spectateur. C’est moins la reproduction du modèle que son empreinte aérodynamique qui est ici mise en valeur.

Le spectateur ne se contente plus d’observer, il devient acteur de la transformation visuelle de l’œuvre. Ces effets renforcent la dimension cinétique de son travail, sans recourir à un moteur ou à un système en mouvement réel.

Du volume statique à l’élan monumental

Red Racing Flower, inspirée de la Ferrari 330 P4, représente une sculpture à grande échelle construite à partir de 100 lames d’aluminium rouge. Chaque plaque est inclinée selon un angle spécifique, pour créer une sensation d’ouverture florale. Le socle reste discret, permettant à l’objet de sembler en lévitation. Le regard circule autour de l’œuvre comme autour d’un véhicule en plein épanouissement formel.

Formula One prolonge cette exploration du monumental. Elle rend hommage aux voitures de course des années 1990. L’œuvre synthétise l’esprit de la compétition à travers un traitement sculptural de la masse, de la structure et du socle. Le tout forme un ensemble dense mais traversé de vides, où les lignes de force font ressortir l’intensité de la course sans référencer un modèle précis.

Dans la série VITESSE, Dufilho repense la perception du mouvement. La Lamborghini Countach Vitesse multiplie les plaques à l’avant pour accentuer l’effet de flou cinétique, à la manière des photographies de sport automobile. Ce déséquilibre volontaire dans la densité structurelle crée l’illusion d’une voiture lancée à pleine vitesse. Plus qu’une reproduction, c’est une translation visuelle de l’aérodynamisme.

Le même traitement a été appliqué à la Jaguar Type E Vitesse. Les courbes de ce modèle emblématique sont traduites dans une série de lames dont l’espacement génère un effet d’accélération. Immobile, la sculpture semble fendre l’air. Cette approche brouille la frontière entre mouvement réel et impression optique. Le spectateur ne perçoit plus un objet figé, mais une poussée directionnelle.

La sculpture nautique comme nouvel horizon

Avec La Dolce Vita, Antoine Dufilho applique son approche à l’univers nautique. Le Riva Aquarama, bateau emblématique des années 1960, devient le sujet d’une sculpture monumentale. L’acier Corten remplace le bois, l’acier poli miroir reflète l’environnement. Le tout donne un objet où la fusion du design nautique et de la sculpture opère sans nostalgie. La structure suggère une glisse, une découpe de l’eau.

J Class, œuvre inspirée des yachts de compétition éponymes, explore la verticalité. Le voilier est stylisé en une colonne de plaques métalliques qui simulent la tension d’une voile sous le vent. L’acier microbillé offre un rendu diffus, presque aérien. Présentée à Saint-Tropez, cette sculpture évoque la régate non par sa forme complète, mais par l’intensité du mouvement qu’elle suggère.

Le nautisme devient ainsi un prolongement naturel des recherches de Dufilho : il y transpose ses jeux de lumière, ses découpes rythmiques et ses pleins en suspension.

Figures de l’air : Concorde et Rafale

Antoine Dufilho a récemment amorcé une nouvelle série consacrée à l’aviation. Le Rafale, qu’il considère comme l’un des avions les plus marquants par ses lignes, a été la première machine volante à intégrer son vocabulaire sculptural. La conception de cette pièce a été précédée d’une phase d’observation technique approfondie, nourrie par une fascination croissante pour la forme de cet appareil. Voir le Rafale en vol peu avant l’achèvement de l’œuvre a renforcé l’intensité du projet.

Le traitement sculptural reste fidèle à la démarche de Dufilho : la structure fragmentée, la lecture par plans successifs, et la tension entre matière et vide créent une forme suspendue dans l’espace. L’objectif n’est pas de reproduire, mais d’extraire l’essentiel de la dynamique aérienne.

Le Concorde fait lui aussi l’objet d’une interprétation sculptée. Par un traitement longitudinal des lignes et un travail subtil de la lumière sur le métal, l’artiste rend lisible l’élan contenu dans le fuselage. Ce n’est pas l’avion qui est montré, mais sa capacité à traverser le ciel. Le volume allongé, les courbures épurées et les reflets renforcent cette perception.

Dans toutes ces œuvres, terrestres, marines ou aériennes, Dufilho poursuit une seule intention : sculpter le mouvement, non comme une posture, mais comme une vérité formelle. L’ensemble de ses créations est à découvrir dans sa galerie en ligne, reflet fidèle d’un travail qui croise l’art, la mécanique et l’architecture.


Et aussi